Le sextoy a longtemps été l’objet qu’on cachait au fond d’un tiroir, derrière trois paires de chaussettes et un vieux chargeur dont personne ne savait plus à quoi il servait. Aujourd’hui, il s’affiche davantage, se décline sous toutes les formes et s’invite même dans les conversations les plus ordinaires.
Et pourtant, les clichés ont la peau dure.
Un sextoy serait réservé aux célibataires. Il remplacerait un partenaire. Il rendrait dépendant. Il serait forcément énorme, bruyant et franchement pas très élégant. Il coûterait un salaire. Et, bien entendu, passé un certain âge, il faudrait laisser tout cela aux générations plus jeunes.
Bref, le sextoy serait à la sexualité ce que le grille-pain est à la gastronomie : pratique, mais pas vraiment indispensable.
Sauf que la réalité est nettement plus nuancée.
Voici quelques idées reçues qu’il serait peut-être temps de ranger définitivement dans le fameux tiroir.
1. » Un sextoy, c’est surtout pour les célibataires «
C’est probablement l’un des clichés les plus tenaces.
Comme si l’existence d’un partenaire rendait automatiquement tout accessoire inutile. Pourtant, être en couple ne signifie pas fonctionner avec une seule télécommande et un mode d’emploi unique.
Un sextoy peut parfaitement trouver sa place dans une relation à deux. Il peut être utilisé ensemble, proposé comme une nouvelle expérience ou simplement faire partie des habitudes intimes du couple.
Et il n’y a aucune contradiction entre aimer son partenaire et aimer utiliser un objet destiné au plaisir.
Un sextoy ne remplace pas une personne. Il ne discute pas, ne fait pas la vaisselle et ne demande pas « tu dors ? » à 2 h 47 du matin. Mais il peut apporter une sensation différente et ouvrir la porte à de nouvelles découvertes.
2. » Si mon partenaire utilise un sextoy, c’est que je ne lui suffis pas «
Ah, voilà une idée capable de transformer un petit objet en véritable crise existentielle.
Pourtant, le plaisir n’est pas un concours dans lequel il n’y aurait qu’une médaille à gagner.
Utiliser un sextoy ne signifie pas automatiquement que quelque chose manque dans le couple. Cela peut simplement traduire une envie de nouveauté, de curiosité ou de découverte.
Et parfois, le sextoy devient même un objet de complicité.
La vraie question n’est donc pas » pourquoi tu as besoin de ça ? « , mais plutôt « qu’est-ce que tu aimerais essayer avec ça ? «
La nuance est importante.
3. » Les sextoys, c’est uniquement pour les femmes «
Le marché a longtemps donné cette impression, notamment parce que certains modèles destinés à la stimulation externe ou interne ont énormément occupé l’espace médiatique.
Mais les hommes ne sont certainement pas les grands oubliés de l’histoire.
Anneaux, masturbateurs, stimulateurs externes, accessoires destinés à la prostate ou jouets conçus pour être utilisés à deux : il existe aujourd’hui une gamme très large.
Et surtout, il n’existe pas une manière obligatoire d’utiliser un sextoy parce qu’on possède un pénis, une vulve ou tout autre équipement anatomique.
La curiosité n’a pas de sexe.
4. » Un sextoy, c’est forcément un énorme objet en plastique rose fluo «
Il faut reconnaître qu’il fut un temps où certains jouets intimes avaient autant de subtilité qu’un gyrophare.
Mais l’époque du sextoy que l’on aurait volontiers caché sous le lit n’est plus tout à fait celle que nous connaissons.
Les fabricants travaillent désormais beaucoup sur l’ergonomie, les matériaux, le silence, la discrétion et le design.
Certains objets ressemblent davantage à des accessoires de beauté ou à de petits objets technologiques qu’à ce que l’on imaginait autrefois en entrant dans un sex-shop.
Et c’est plutôt une bonne nouvelle pour celles et ceux qui préfèrent éviter de transformer leur table de nuit en rayon spécialisé.
5. » Il faut avoir une sexualité débridée pour utiliser un sextoy «
Pas du tout.
On peut être extrêmement curieux et parfaitement raisonnable. On peut avoir une sexualité très classique et avoir envie d’essayer un vibromasseur. On peut être célibataire, en couple depuis vingt ans, nouvellement amoureux ou simplement curieux.
Le sextoy n’est pas un certificat d’audace sexuelle.
Il n’indique rien sur la personnalité de son propriétaire et encore moins sur la quantité de sexe qu’il pratique.
C’est un objet. Pas une déclaration d’identité.
6. » Une fois qu’on a commencé, on ne peut plus s’en passer «
Cette idée revient régulièrement : le sextoy rendrait le corps « dépendant » de sensations toujours plus fortes.
Il faut surtout distinguer les habitudes personnelles, les préférences et une véritable dépendance.
Certaines personnes apprécient les sensations procurées par un appareil et peuvent ensuite trouver certaines stimulations manuelles moins intenses. Cela ne signifie pas nécessairement qu’elles sont devenues dépendantes.
Comme dans beaucoup de domaines, le corps peut s’habituer à une manière particulière d’être stimulé.
La solution n’est pas forcément de jeter le sextoy par la fenêtre. Varier les sensations, les rythmes et les façons de se stimuler permettent aussi de conserver une sexualité diversifiée.
7. » Il faut dépenser une fortune pour avoir quelque chose de bien «
Il existe des sextoys très sophistiqués, avec plusieurs modes, des applications, des réglages et parfois suffisamment de technologie pour donner l’impression qu’on vient d’acheter un petit ordinateur.
Mais il n’est absolument pas nécessaire de posséder le modèle le plus cher pour découvrir cet univers.
Un produit simple peut parfaitement convenir à une première expérience.
Le prix n’est pas automatiquement proportionnel au plaisir.
Avant de regarder le nombre de fonctions affichées sur la boîte, mieux vaut réfléchir à ce que l’on recherche réellement : discrétion, puissance, simplicité, utilisation à deux, facilité de nettoyage, autonomie ou type de stimulation.
Le sextoy à 200 euros n’a pas forcément reçu une médaille olympique du plaisir.
8. » À mon âge, ce n’est plus pour moi «
Celle-ci mérite probablement une place particulière au musée des idées reçues.
Depuis quand le désir possède-t-il une date de péremption ?
La sexualité évolue au cours de la vie. Les envies changent, le corps change, les habitudes changent. Et justement, certains accessoires peuvent permettre de redécouvrir son corps lorsque les sensations, les besoins ou les envies ont évolué.
Découvrir un sextoy à 25 ans n’est pas plus légitime que le découvrir à 45, 60 ou 70 ans.
Il n’y a pas d’âge réglementaire pour avoir envie de prendre soin de son intimité.
9. » Un sextoy sert uniquement à atteindre l’orgasme «
C’est réduire considérablement son intérêt.
Bien sûr, beaucoup de personnes recherchent principalement le plaisir et l’orgasme. Mais un sextoy peut aussi servir à explorer ses sensations, comprendre ce que l’on aime, varier les stimulations ou simplement prendre un moment pour soi.
Certains dispositifs sont également utilisés dans des contextes liés au bien-être intime ou à la rééducation, notamment dans certaines situations encadrées par des professionnels de santé.
Dans ce cas, il ne s’agit évidemment pas de transformer un sextoy acheté sur Internet en ordonnance médicale improvisée.
Lorsqu’il existe une problématique douloureuse, une difficulté sexuelle ou un trouble du périnée, l’avis d’un professionnel reste essentiel.
10. » Si j’ai besoin d’un sextoy, c’est que ma sexualité ne va pas bien «
Et si on arrêtait deux minutes de chercher un problème là où il n’y en a pas ?
On n’achète pas forcément un sextoy parce que quelque chose va mal.
On peut en acheter parce qu’on va très bien.
Parce qu’on est curieux.
Parce qu’on aime expérimenter.
Parce qu’on veut découvrir une nouvelle sensation.
Parce qu’on souhaite partager quelque chose avec son partenaire.
Ou simplement parce qu’on en a envie.
Il faudrait peut-être appliquer à la sexualité la même logique qu’au reste : tant que cela se fait entre adultes consentants, dans le respect de chacun et sans se mettre en danger, il n’est pas nécessaire de chercher une explication psychologique à chaque achat.
Pendant longtemps, on a voulu faire du sextoy un objet sulfureux, réservé à certaines pratiques, certaines personnes et certains âges.
Aujourd’hui, il est devenu beaucoup plus banal.
Et c’est certainement justement là que réside son intérêt.
Un sextoy n’est ni une preuve de solitude, ni une preuve d’insatisfaction, ni un trophée sexuel. Il peut être un simple accessoire de plaisir, de découverte ou de complicité.
Le plus important n’est finalement pas de savoir si les autres trouvent cela normal.
C’est de savoir si cela vous convient à vous.


